Collectif de soutien aux sans-papiers du Maine-et-Loire

Pierre-Jean (membre de ce collectif qui n’a pas de porte-parole, mais est une expérience de collaboration directe entre sans- papiers et militants français au sein d’une même structure égalitaire, et sans doute en même temps une expérimentation originale et de pointe pour la lutte des déboutés du droit d’asile en France) a été l’une des rares voix hors du chorus unitaire aux «états généraux des sans-papiers» . Notre journal l’a interviewé, voici ce qu’il nous a dit.

Tout d’abord, je voudrais faire une mise au point. Le mouvement des sans-papiers s’inscrit dans un mouvement plus global de l’humanité vers son émancipation, il en est même un moteur fondamental, car international. Je suis ouvrier-maçon, un prolétaire tout comme les sans-papiers. Nos intérêts matériels et notre combat sont les mêmes. L’émancipation commune commence par l’égalité des droits : j’ai des papiers, les sans-papiers aussi doivent en avoir.

Il s’ensuit que je ne peux pas me dire un «soutien», je suis un combattant du mouvement des sans-papiers. Tant que les collectifs et les délégués lutteront pour la liberté de circulation et d’installation de tous les sans-papiers, puisque tous sont des êtres humains, c’est ensemble que nous marcherons. Malheureusement la réalité est une autre, dans la réalité on est loin du compte. On l’était hier sur le trottoir du boulevard du Temple devant la Bourse du travail de Paris. On l’est aujourd’hui après le départ de Baudelique.

Aux états généraux on n’a pas cessé de parler d’«unité » ! Unité avec qui ? Et surtout, pour quoi faire ? pour quels objectifs. Notre combat, pour avoir un sens, ce doit être sur des objectifs immédiats, communs, unificateurs à la base.

Répondre à ces questions suppose de faire un préalable un état des lieux du mouvement : où en est-il, quelles en sont les perspectives ?

À force de hurler dans les manifs «régularisation de tous les sans papiers», on en a fait une incantation vide de sens. C’est «le cas par cas, on en veut !», qu’il faudrait crier pour ne pas être à l’opposé des pratiques réelles. Si les dossiers sont déposés collectivement par les collectifs, c’est individuellement qu’ils sont traités, sur la base des seuls critères des préfectures. Si ce n’est pas du cas par cas, ça, c’est quoi alors ?

Contre ces pratiques qui ne profitent pas aux sans-papiers, et qui ont pour tout résultat de les isoler comme individus, de les diviser profondément en les mettant les uns contre les autres, il faut remettre d’actualité, dans la pratique réelle des luttes, les revendications historiques et immédiates du mouvement des sans-papiers :

  • carte de résident de dix ans pour tous les sans-papiers (la carte d’un an est une fausse régularisation, un puissant moyen de pression entre les mains du patron pour faire de l’immigré «régularisé» un salarié docile, forcément réfractaire à la lutte commune avec les travailleurs «nationaux», et c’est, en réalité un moyen de division de nos rangs) ;
  • abolition de la taxe ANAEM (encore un moyen – emprunté au programme du Front national – de division entre travailleurs «nationaux» et étrangers, les patrons d’ailleurs ne s’y trompent pas qui font payer cher cette taxe aux sans-papiers en heures supplémentaires non payées) ;

– suppression des CRA (il faudrait faire tout un numéro du journal sur cette revendication, ici je rappelle seulement que chaque manifestation devant un CRA mobilise, si minime soit-elle, un nombres impressionnant de CRS car elle redonne espoir à ceux qui sont enfermés et les encourage à se battre pour leur libération).

Des «états généraux» auraient dû être l’occasion de tirer le bilan d’ensemble du mouvement. Par contre, aucune leçon n’a été tirée, ne serait-ce que des deux épisodes majeurs: l’occupation de la Bourse du travail et du boulevard du Temple, puis de Baudelique,  et son abandon sans combattre, d’une part, et, de l’autre, l’échec des grandes grèves de sans-papiers en Ile-de-France. Chacun y est allé de son refrain sur l’«unité » (tout en préparant dans son esprit et dans les faits ses dossiers individuels), et pas un mot sur l’essentiel !

Pourtant, les trois revendications historiques du mouvement sont susceptibles de créer les conditions d’une stratégie globale d’élargissement des champs de bataille contre un ennemi central, gouvernement et Etat, donc d’être aussi un remède efficace contre l’éparpillement des actions visant des autorités locales (préfectures ou patrons). De même, elles sont susceptibles d’entraîner dans la lutte les salariés français, puisqu’elles représentent des intérêts objectivement communs. Elles imposent donc une stratégie unique pour tout le mouvement. Et il est clair que cela suppose une coordination des différents axes de bataille, leur renforcement mutuel.

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