La dessinatrice des luttes des sans-papiers

Extrait du numéro 3 de La Voix des sans-papiers, 24 Janvier 2011

Laura Genz, dessinatrice, est une sacrée jeune femme à l’œil avide et volontaire, scrutateur des aspects sociaux inattendus ou cachés du monde post-moderne. Pendant plus de deux ans, d’abord à l’occupation de la Bourse du travail de Paris, puis à celle de la Caisse maladie, rue Baudelique, dans le 18e arrondissement, elle a su cueillir sur le vif, armée de son pinceau agile, et restituer avec bonheur, pour le plaisir de nos yeux et l’affinement de notre sens esthétique et moral, des scènes de la vie et des moments de la lutte des immigrés sans- papiers. Ses dessins, se multipliant au jour le jour, tapissant murs et plafond, remplissant chaque recoin du porche d’entrée de la Bourse du travail, débordant finalement à l’extérieur le long de la façade sur rue, suscitaient la surprise et l’admiration des visiteurs. Ses cartes tirées d’après les dessins se vendaient comme des petits pains pour les besoins alimentaires des occupants en lutte. Lors de l’expulsion musclée de la Bourse du travail par le service d’ordre de la Cgt, les dessins se retrouvèrent aussi à la rue, où ils ne cessèrent de se multiplier. Plus tard, ils furent exposés à la biennale d’art contemporain de Lyon de septembre 2009 à janvier 2010 (ils le seront à nouveau à Aubagne en avril-mai 2011), pour finalement, un mois avant le départ de Baudelique, aller rendre moins grises les allées en béton de la Caisse maladie.

Plus de trois cents planches sont maintenant recueillies et commentées dans une superbe publication, Hier colonisés Aujourd’hui exploités Demain régularisés. Les Journées de la Coordination 75 des Sans Papiers, Page Éditions, Lyon, novembre 2010, que Laura signe en commun avec deux de ses amis sans-papiers, Mamoudou Diallo et Vazoumana Fofana. Il y a, dans ce livre, un témoignage unique et de première main, et qui vaut à lui seul bien des enquêtes sociologiques : sur ces nouveaux immigrés africains en France, certainement, mais en outre sur une autrement invisible «cité des catacombes» de ce début du 21e siècle. Parions qu’il s’en trouvera pour penser, dire : un livre de l’éphémère. Peut-être, mais un qui, par ses qualités de document tout autant que par sa valeur artistique, est destiné à rester.

Son prix de vente est de 28 euros. Les droits d’auteur (10% du prix de vente, soit 2,8 euros) seront reversés aux sans- papiers de la CSP75 par l’intermédiaire de l’association Droits Ici et Là-bas, nouvellement constituée par d’anciens sans-papiers pour la défense et promotion des droits des immigrés en France tout comme dans les pays d’origine. Mais, pour les commandes passées directement à la CSP75 (tél. 06 26 77 04 02) ou à Laura (genz.laura@yahoo.com), ce sera alors la moitié (14 euros) qui ira aux sans-papiers, l’association se procurant les livres à moitié prix chez l’éditeur Page, «qui a fait preuve dune grande disponibilité et d’une merveilleusecompréhensiondesobjectifsdecetravail», nous écrit Laura.

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