LA VOIX DES COLLECTIFS :  Collectif des travailleurs sans-papiers de Vitry (94)

Lucien Mlanao est délégué du CTSPV-94 (collectif des travailleurs sans-papiers de Vitry-sur-Seine), comme tel il a pris la parole samedi 25 septembre aux « états généraux des sans-papiers » et présenté un véritable « cahier de doléances » du 94, dénonçant « la machine répressive de tous les jours » qui sévit à Vitry : raison pour laquelle (pour « se défendre ») des sans-papiers ont décidé il y a deux ans et demi de constituer un collectif autonome, confortés aussi par une « opinion publique qui est unanime que « ce sont des gens comme nous » ».

Le dimanche 26, à la réunion de la CNSP, il s’est opposé à l’élection d’un bureau national dans l’état présent de choses. Voici ses raisons.

Notre collectif a adhéré à la CNSP peu de jours avant le 25, car nous avions compris que, pour participer, il fallait être adhérent, et nous tenons à l’unité des collectifs de sans-papiers plus qu’à toute autre chose. De plus, nous pensions que la CSP75 en faisait partie aussi, personne ne nous a avertis du contraire. « Coordination nationale » : ce nom représentait pour nous quelque chose d’existant, de réel. (Je suis nouveau dans la lutte des sans-papiers, j’ignore plein de choses de son passé, c’est aussi pour cela que je pense qu’un journal des collectifs peut nous apporter beaucoup.)

Or, le 26, je me suis trouvé devant une situation différente. Je n’ai pas été d’accord par rapport au bureau national parce que, si la CSP75 n’adhère pas, vu sa force en nombre de sans-papiers, comme je l’ai dit à chaud : « c’est du bidon ». Je dois préciser que nous pensions que la CNSP, c’était un endroit, non tant physique que de solidarité, où pouvoir se réunir et travailler avec d’autres collectifs, ce qui, depuis le départ de Baudelique, n’est plus possible. Depuis que la CSP75 a pris cette décision sans nous consulter, il nous semblait normal que quelqu’un d’autre, vu son nom, nous offre à tous un lieu de parole et de débat à Paris. C’est ce que ce nom, « coordination nationale des sans-papiers », signifiait pour nous.

Au lieu de cela, je me suis trouvé devant quelque chose (querelles anciennes) que je ne maîtrise pas. La CSP75 est une organisation qui existe depuis des années, je pensais qu’elle adhérait depuis longtemps. Non seulement elle n’adhère pas, mais je doute, d’après les discussions, que son adhésion soit proche. Qui vivra verra. Si j’ai été le premier à dire non, c’est que j’ai du mal à comprendre des personnes qui me semblent ne vouloir qu’un titre. C’est, par exemple, ce qui s’est passé aussi à Baudelique : on crée de nouveaux collectifs pour des luttes de pouvoir, mais ils ne font que diviser les sans-papiers.

Moi-même je me pose sérieusement cette question qui pour moi est fondamentale : à la prochaine réunion, le 31 octobre, si la CSP75 n’adhère pas, que vont faire les autres ? Vont-ils élire un bureau national quand même? Est-ce que ce bureau, alors, sera crédible ? Quant à moi, je suivrai en tout cas ce que mon collectif décidera. J’insiste sur ceci : ce que je souhaite c’est un endroit de solidarité pour discuter entre nous de tout, pour nous coordonner et mobiliser sur le terrain, pour rendre démocratiques et crédibles nos luttes, là où nous sommes. Cela est possible, la marche Paris-Nice l’a montré. Et beaucoup de sans-papiers suivront, car il y en a beaucoup qui attendent.  

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