L’OR DE KÉNIÉBA

Extrait du numéro 6 de La Voix des sans-papiers du 26 octobre 2011

C’est à l’extrême Ouest, tout près de la frontière avec le Sénégal, dans le cercle [département] de Kéniéba (région de Kayes) et, un peu plus au Nord, à Sadiola (cercle de Kayes), que se trouvent les plus importantes mines d’or en exploitation ; c’est, au propre et au figuré, dans ce Far West que se passe, depuis une vingtaine d’années, la ruée industrielle et financière occidentale vers l’or du Mali.

C’est le pays des premiers contreforts septentrionaux du massif du Fouta-Djalon (Guinée), là où la savane boisée fait place à un autre habitat naturel, la forêt-galerie; grosso modo, le bassin de la rive droite de la Falémé (affluent du fleuve Sénégal) et Ia falaise de Tambaoura, lonque, du nord au sud, de quelques centaines de kilomètres. Territoire riche s’il en est en flore et faune sauvage, en terres fertiles et paysages pittoresques, avant qu’en or ; riche en villages malinké héritiers d’une histoire séculaire non écrite, ayant conservé un corps social collectif solidaire (la propriété privée de la terre y est pratiquement inconnue).

C’est le «royaume du Bambouk» [le Sud, en bambara], l’ancien et mythique «pays de l’or» qui, objet des convoitises des puissances de jadis, avait fait, par le commerce transsaharien, la fabuleuse richesse des anciens et légendaires «empires» soudanais du Ghana et du Mali, avant la découverte de l’Amérique et la traite négrière transatlantique, puis la colonisation.

C’est encore l’éternelle malédiction de l’or qui se renouvelle, aujourd’hui, pour les habitants, atteignant soudainement une recrudescence sans exemple : les méthodes artisanales d’exploitation remplacées par l’exploitation capitaliste effrénée ; la quantité de la production multipliée par cent, par mille, seule mesure de la qualité de la vie ; le développement économique des statisticiens (le Mali est officiellement au troisième rang des producteurs d’or africains) qui s’accompagne de la régression sociale, de l’appauvrissement généralisé.

C’est, par surcroît, Ia malédiction nouvelle de l’uranium qui s’ajoute, qui s’est déjà ajoutée, à celle de l’or, dans l’extrême Sud du cercle, à Faléa, vaste enclave aux frontières du Sénégal et de la Guinée.

C’est pourquoi I’ARKF (Association des ressortissants de Kéniéba en France), I’ARACF (Association des ressortissants et amis de la commune de Faléa), avec le concours de l’association DIEL (droits ici et là-bas), organisent, les 22-24 novembre, et appellent les habitants au FORUM PARTICIPATIF de SITAKlLY, au cœur de la région minière : pour dénoncer le scandale des conditions de vie faites aux populations (dont une majorité d’enfants), pour les engager à la réappropriation de leurs vies et de leurs terres.

C’est aussi pourquoi des anciens sans-papiers maliens établis en France seront à Sitakily. Ils y seront au nom des collectifs de sans-papiers parisiens (CSP75), où les Maliens sont en majorité: pour rappeler que l’or de Kéniéba, l’or du Mali, ce n’est pas tant l’or du sous-sol que l’or des bras des migrants qui font vivre ces populations ; que l’or des structures solidaires qu’elles ont su conserver. Pour rappeler que leur pays est un pays d’anciennes coutumes et sagesses, gage d’avenir, que leur peuple est un peuple indompté, fier de sa culture et de son histoire.

La résistance passive est forte dans les régions minières. La rage et la révolte y couvent, les émeutes de Loulo en 2009, comme celles de Kédougou de l’autre côté de la frontière, le montrent – émeutes pareillement, sauvagement réprimées par les deux États. Pour aider à la transformation de cette résistance passive et de ces révoltes sporadiques en une impulsion active et suivie, afin que les populations prennent leur destin en main, c’est dans ce but que la CSP75 sera présente au Forum de Sitakily.

Ce contenu a été publié dans Journaux, La voix des sans-papiers. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.