Extrait de L’Indicateur n° 3794 du jeudi 8 juin 2023 et du vendredi 16 juin 2023
ECHEC DANS LA LUTTE CONTRE LES DRAGUES SUR LA FALEME : Le collectif «Sauvons la Falémé» exige le départ du gouverneur de Kayes
Selon le collectif «Sauvons la Falémé», le gouverneur de la région de Kayes a échoué dans ses missions régaliennes de protéger le fleuve Falémé contre les exploitants illégaux de l’or dans le lit du fleuve. Comme le désormais ancien ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Seydou Lamina Traoré, la démission du gouverneur est exigée pour incapacité à assumer ses responsabilités.
La menace de disparition du fleuve Falémé est une triste réalité dans la commune rurale de Dialafara, cercle de Keniéba. Et pour cause, à la date du 25 mars 2023, on dénombre plus de 200 opérateurs de dragues sur le fleuve Falémé dans ladite commune.
Pis, les exploitants inégaux continuent à s’adonner à cette pratique en complicité avec certaines autorités locales.
Selon le journal Kayes-infos, «les 67 dragues mises en eau dans les encablures de la mine d’or de Loulo auraient pour propriétaires des élus, et hauts responsables de l’administration malienne».
Aussi, révèle la même source, «plus de la moitié des 221 conseillers régionaux de Kayes sont impliqués dans l’extraction de l’or et ont des dragues». Ces propos sont corroborés par les agents de l’OMVS (Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal) qui les qualifient de «gros bonnets» depuis 2019 (Voir 14442 Pollution Faleme Ces-risques-environnementaux.pdf (cda-omvs.org). L’OMVS qui préconisait déjà la constitution d’une brigade fluviale mixte sénégalo-malienne !
Face à celle situation qui menace la survie du fleuve avec sas corollaires, notamment la pénurie d’eau potable pour les humains et les animaux ; la fin de l’élevage ; la pêche et l’agriculture dans la zone ; les habitants des villages environnants du fleuve Falémé de la commune ont décidé de se donner la main pour créer un collectif dénommé «Sauvons la Falémé». Il s’agit des villages : Ouralé, Madinané, Keniébané, Massakama et les hameaux de Worolimba et Worolindin. Comme son nom l’indique, son objectif est de «sauver le fleuve Falémé», conformément à la volonté des plus hautes autorités du pays.
Ainsi, suite à ses nombreux appels aux autorités, le gouverneur de la Région de Kayes, le colonel Moussa Soumaré. a conduit, lundi 5 juin 2023, une mission de sensibilisation des populations de Dialafara dans le cadre de l’apaisement et de la protection du fleuve Falémé. Il était accompagné, pour la circonstance, d’une forte délégation régionale.
Selon une source proche de la délégation, l’objectif de cette mission de sensibilisation est de «sauver le fleuve Falémé». Pour le collectif «Sauvons le Falémé», le chef de l’exécutif régional a fait une «visite ratée» dans la commune de Dialafara. «Le Gouverneur de Kayes dit qu’il est venu voir la Falémé mais il n’a visité aucun des sites miniers clandestins, ni aucun des villages situés sur les rives de la Falémé. De même, aucun chef de village riverain de la Falémé n’était présent dans la salle de conférence, à la Mairie de Dialafara, où le gouverneur a fait son discours, y compris sur le référendum pour la nouvelle Constitution» déplore Sissoko Anzoumane, porte-parole du collectif.
Selon lui, avec la complicité du maire de Dialafara le gouverneur a évité le village de Bourdala, où tous les chefs de village de la Commune l’attendaient, pourtant réunis à sa demande. «Il ne s’est pas rendu non plus auprès de villages qui avaient organisé son accueil», dira-t-il.
Cependant, avoue M Sissoko, le gouverneur a abordé les problèmes de la Falémé et reconnu que «l’état de la Falémé était désastreux, catastrophique même et que les populations étaient en droit de se mobiliser pour veiller au bon état de la Falémé, mais que l’expulsion de ces sites miniers clandestins ne pouvait être faite que par l’Etat».
«Il a cité nommément notre groupe “Sauvons la Falémé”, condamnant le fait que nous nous soyons armés, mais oubliant que les dragueurs étaient eux-mêmes armés ou faisaient appel à des milices armées (les exploitants chinois notamment), et que ceux-ci n’hésitaient pas à tirer sur les populations (ou sur les autres orpailleurs, quitte à les tuer», condamne le porte-parole du collectif «Sauvons la Falémé».
Pour lui, «l’Etat, dont le gouverneur est le haut représentant de la région, et malgré les alertes du collectif (atelier lors des EGM à Kayes en décembre 2019 ; la caravane pour «sauver la Falémé» qui s’est déroulée en décembre 2021 ), n’a rien fait pour protéger la Falémé de sa destruction et ainsi que les populations riveraines dont la vie en dépend».
Par ailleurs, souligne M. Sissoko, «La loi est claire dans le Code minier en date du 30 octobre 2019 : l’exploitation de substances minérales dans les lits des cours d’eau par dragage ainsi que par toute autre méthode est interdite».
Et d’ajouter : «Le gouvernement de la transition, lors de l’un de ses Conseils des ministres, l’a réaffirmé en octobre 2021. Alors, pourquoi aucune autorité ne fait le nécessaire pour protéger la Falémé et les populations riveraines ? C’est la défaillance de l’Etat, et donc, en l’occurrence, du Gouverneur de Kayes qui oblige les populations à intervenir pour défendre leur lieu de vie ! Cela aussi, comment comprendre que le gouverneur évite les populations alors qu’il est censé faire campagne pour la participation d’un maximum de Maliens au référendum pour la nouvelle Constitution ? Comme le ministre des Mines, le gouverneur de la région de Kayes doit démissionner», dira le porte-parole du collectif «Sauvons la Falémé», Anzoumane Sissoko.
Partant de ce constat amer, le collectif «Sauvons la Falémé» exige la démission du chef de l’exécutif régional de Kayes, le colonel Moussa Soumare, «pour incapacité à assumer ses responsabilités vis-à-vis des prédateurs qui menacent la survie du fleuve Falémé ».
Comme Seydou Lamine Traoré, le désormais ancien ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, le collectif demande au gouverneur de la région de Kayes, le colonel Moussa Soumaré, de démissionner «pour le bonheur de la population de Kayes».
Le porte-parole du collectif estime que le gouverneur est venu à Dialafara pour protéger les Chinois et leurs complices et non le fleuve Falémé.
En tout cas à défaut de satisfaction, le collectif menace d’user de tous moyens légaux pour se faire entendre.
Affaire à suivre
Y. Doumbia
(8 juin 2023)
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Extrait de L’Indicateur n° 3799 du vendredi 16 juin 2023
LUTTE CONTRE LES DRAGUES SUR LE FLEUVE FALEME :
Un grand meeting du collectif « Sauvons la Falémé » ce vendredi à Bourdala
Le collectif « Sauvons la Falémé », l’association Wassa ton, les associations du cercle de Sadiola et d’autres organisations du Sénégal et du Mali se proposent d’organiser, aujourd’hui, vendredi 16 juin 2023, à Bourdala, commune de Dialafara, cercle de Sadiola, un grand meeting pour dénoncer les dragues sur le fleuve Falémé, menacé de disparition.
Dans un communiqué de presse, le collectif « Sauvons la Falémé » et ses associations partenaires appellent les plus hautes autorités à s’impliquer pour lutter contre les dragues sur le fleuve Falémé en péril.
Ainsi, apprend-on lors du meeting, les organisateurs entendent inviter toutes populations à voter massivement pour le « Oui », lors du référendum sur la nouvelle Constitution qui aura lieu le 18 juin 2023.
« Nous sommes à 200% pour le nouveau découpage administratif qui réunit les communes de Sadiola et Dialafara dans un nouveau cercle nommé cercle de Sadiola », peut-on lire dans le communiqué. Par ailleurs, le collectif « Sauvons la Falémé » porte déjà à la connaissance du président de la transition, le colonel Assimi Goïta, et le gouvernement qu’il va très bientôt fixer une date, en concertation avec Wassa ton et les parlementaires nationaux et internationaux pour organiser une nouvelle journée de « grand nettoyage de la Falémé ».
Il ressort également de leur communiqué que le meeting sera mis à profit par les initiateurs afin de plaider pour une date pour le démarrage du bitumage de la route Sadiola-Kénieba.
« Nous réitérons le souhait de la démission du gouverneur de la région de Kayes et de ses assesseurs (CB, préfets, sous-préfets) qui sont responsables, par leur inaction, voire leur soutien aux contrevenants, des problèmes que nous, population riveraine de la Falémé, subissons », précise le communiqué.
Pour rappel, la menace de disparition du fleuve Falémé est une triste réalité dans la commune rurale de Dialafara, cercle de Sadiola. La preuve : à la date du 25 mars 2023, on dénombre plus de 200 opérateurs de dragues sur le fleuve Falémé dans ladite commune.
Face à cette situation qui menace la survie du fleuve avec ses corollaires, notamment la pénurie d’eau potable pour les humains et les animaux ; la fin de l’élevage ; la pêche et l’agriculture dans la zone, les habitants des villages environnants du fleuve Falémé de la commune ont décidé de se donner la main pour créer un collectif dénommé « Sauvons la Falémé ». Il s’agit des villages d’Ouralé, Madinané, Keniébané, Massakama et les hameaux de Worolimba et Worolindin. Comme son nom l’indique, l’objectif de ce collectif est de sauver le fleuve Falémé, conformément à la volonté des plus hautes autorités du pays.
Y. Doumbia
(16 juin 2023)