Voix de soutien, Françoise Carrasse: «Des papiers, pas des policiers !»

Extrait de La voix des sans papiers n° 9, 13 septembre 2012

J’ai participé à la marche européenne parce que je suis avec la CSP75 depuis le début de l’occupation de la Bourse du travail. J’avais déjà participé à la marche Paris-Nice et à la caravane Bamako-Dakar à l’occasion du forum social mondial de 2011. Il a donc été bien naturel pour moi de participer aussi à cette marche et à son organisation : logistique, courriers, et côté financier géré par l’association DIEL (droits ici et là-bas) dont je suis la trésorière. De plus c’était pour moi, à nouveau, l’occasion de prendre part à quelque chose hors de l’ordinaire, d’autant que je connaissais la plupart des marcheurs, j’étais donc entre amis.

À ce qu’ont déjà dit les marcheurs sur le passage des frontières, je peux ajouter que ça a été assez étonnant la première fois quand nous sommes entrés en Belgique. Cette première frontière, avec tout ce qu’on nous avait dit d’obstacles infranchissables, nous nous attendions au baptême du feu : présence de la police pour nous empêcher de passer, etc. Or ça a été tout le contraire. Nous nous sommes rendu compte que nous avions quitté la France quand sur nos portables se sont affiché des SMS nous annonçant les tarifs internationaux… Pourtant, pas de policiers belges en vue !

En Belgique et au-delà, jusqu’à Mannheim en Allemagne, les débuts ont été durs, à cause de la pluie, du froid. C’était inattendu, on était en juin. Comme il ne cessait de pleuvoir, les habits et les chaussures n’arrivaient pas à sécher. Au manque d’habitude à la marche, s’ajoutait, le soir, à l’arrivée, vu notre nombre, l’insuffisance de sanitaires, notamment douches, dans les locaux où nous étions logés.

Je voudrais m’arrêter sur quelques épisodes concernant la police. En Belgique, sur l’autoroute pour nous rendre au Luxembourg, on était quatre dont deux sans-papiers à l’avant de la camionnette où était tout le barda des marcheurs. La police nous a arrêtés : contrôle de papiers. Et nous voilà au poste, car ces policiers belges ne savaient rien de la marche. J’ai appelé Sissoko, son car où il y avait la moitié des marcheurs nous a rejoints pour exiger la libération des deux sans-papiers et pouvoir en transborder un dans le car (il n’y avait que trois places dans la camionnette). Quand le car est arrivé, les policiers nous ont demandé une liste des sans-papiers, après quoi ils ont appelé l’office de l’immigration recevant pour toute réponse : « Laissez-les partir». Ils n’en revenaient pas ; quand enfin nous sommes tous repartis, l’un d’eux a commenté avec un des deux sans-papiers libérés : « Ah ! vous êtes très forts, vous !»

Pas d’autres problèmes avec la police, partout où la marche est passée, sauf en France, où la présence policière a été constante. À l’étape de Florange, la gendarmerie nous a obligés à quitter la route nationale faisant faire aux marcheurs fatigués un détour d’une dizaine de kilomètres dans une étape déjà longue. La marche enfin terminée, retour à Paris. À un péage, contrôle de police : trois sans-papiers dans la voiture. Les flics veulent les arrêter, mais, les deux cars arrivant, 120 sans-papiers débarquent en criant : « Des papiers, pas des policiers !» Dare-dare, ceux-ci nous font signe de repartir.

Je me demande pourquoi cette présence permanente de la police française. Il y avait même des RG qui dormaient en voiture la nuit, pour ne pas cesser de nous surveiller. C’est en France que la CSP75 est connue, que sont bien connus ses procédés pacifiques, et non dans les autres pays, et pourtant… Peut-être cela était dû au contexte électoral : la question de l’immigration était sensible notamment dans l’Est où le FN est bien implanté. Mais sans doute aussi les gouvernements européens ne voulaient pas qu’on entende trop parler de cette marche.    

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